Dr Cyril Bègue : Notre thème fil rouge, c’est : liberté, équité, fraternité. Il a pour objectif d’être décliné dans l’ensemble du champ des soins primaires. Ce qui nous permet plein de choses : la liberté de prescription, de diagnostic et pour les patients, la liberté de choisir leur médecin et plus largement leur parcours de soins. L’équité, elle, doit permettre à chacun d’avoir accès aux soins, sans discrimination. Comment fait-on pour accueillir l’autre dans toute sa diversité ? Et pour la fraternité, comment organise-t-on les différents modèles sociaux, pas seulement en France. Il existe des systèmes de soins différents au sein de l’Europe. Ce congrès sera l’occasion d’échanger avec nos consœurs et confrères, non seulement européens, mais du monde tout entier, puisque 120 nationalités seront représentées pour cette édition 2026 de la Wonca Europe.
Dr Cyril Bègue : Cette question sera certainement au cœur de nos échanges. Mais il faut garder en tête qu’il n’y a pas un modèle univoque qui aurait vocation à être appliqué universellement. C’est véritablement dans la confrontation des modèles et des principes appliqués à la réalité de chaque pays que nous pourrons avancer. Les contextes, les cultures sont différentes, tout comme les réalités démographiques et les formations médicales. En ce qui concerne le modèle français, nous avons encore plein de choses à montrer à nos collègues européens en termes d’initiatives. Que ce soient les protocoles d’expérimentation article 51, les maisons de santé, les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) qui se sont montées ces dernières années, la pluriprofessionnalité qui monte… Tout ne va pas bien mais tout ne va pas mal non plus.
Dr Cyril Bègue : On voit que, du terrain, émanent des initiatives qui sont très intéressantes et qu’on peut faire partager. Et en retour, récupérer les initiatives d’autres pays. On voit par exemple que la pratique de l’échographie par les médecins généralistes est plébiscitée dans certains pays, dans d’autres c’est la biologie au cabinet… Encore une fois, il n’y a pas un seul modèle, mais c’est dans l’échange que l’on peut tous monter d’un niveau, tout en gardant les spécificités de nos modèles sociaux.
Dr Cyril Bègue : En tout cas, cette question anime. Nous ne disons pas que le médecin en général et le généraliste en particulier va tout faire, tout seul. En revanche, nous ne voulons pas que l’on fasse une vente à la découpe de nos tâches et de nos compétences. Sans réflexion et sans concertation préalable. Par exemple : il n’y a pas assez de gens vaccinés, donc il faut qu’il y ait plus de professionnels de santé qui puissent vacciner, sans avoir même analysé si le problème était bien là. Idem pour la contraception, tout le monde va pouvoir la prescrire, non. Il faut étudier les besoins ensemble, entre les professions et les pouvoirs publics, voir comment l’évolution des compétences des uns et des autres pourrait répondre à ces questions de santé publique.
Dr Cyril Bègue : Vu de l’extérieur, on peut avoir l’impression que les médecins sont systématiquement vent debout contre toute initiative qui les amènerait à partager certaines de leurs compétences. Ce n’est pas le cas. Si autant de médecins et de professionnels de santé s’installent aujourd’hui en maison pluriprofesionnelle, c’est qu’il y a une vraie envie de travailler ensemble.
Pour autant, les médecins généralistes, en termes de reconnaissance actuellement, ne se sentent pas très bien. J’en veux pour preuve les mouvements de grève massifs de ces deux-trois dernières années. C’est qu’il y a un vrai malaise. Quand on entend untel va pouvoir vacciner, prescrire... et qu’on est mis devant le fait accompli, on se sent dépossédé. Alors que si on se met tous autour d’une table, on peut faire accepter aux médecins un partage des tâches, mais pas n’importe comment et pas sous la pression de la démographie médicale.
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