En 2020, près de 619 millions de personnes souffraient de lombalgie dans le monde (source Global Burden of Disease Study 2021). D’ici à 2050, elles pourraient être plus de 840 millions.
Cette hausse s’explique en partie par le vieillissement démographique.
- La prévalence de la lombalgie augmente en effet avec l’âge jusqu’à 80 ans,
- et c’est entre 50 et 55 ans que l’on recense le plus grand nombre de cas.
Mais, le mal est très répandu :
- entre 70 % et 80 % des adultes connaîtront au moins un épisode au cours de leur vie.
- En France, près de deux adultes sur trois déclarent des douleurs dorsales sur une période de douze mois.
Il est si fréquent que le mal de dos tend à être perçu comme un mal tolérable, au risque de retarder sa prise en charge ou la prévention.
Première cause d’invalidité dans le monde
Au-delà de la douleur, l’impact fonctionnel est majeur. La lombalgie est aujourd’hui la première cause d’années vécues avec un handicap dans le monde.
Concrètement, elle limite les gestes du quotidien : se pencher, porter, rester debout ou assis longtemps. Dans les formes sévères, elle peut compromettre l’autonomie.
Son impact sanitaire dépasse celui de nombreuses maladies pourtant plus médiatisées.
Un coût économique et social
Dans le monde du travail, les conséquences sont directes :
- environ 20 % des accidents du travail sont liés au dos ;
- 30 % des arrêts de travail de plus de 6 mois ;
- jusqu’à 80 % des actifs déclarent des douleurs en lien avec leur activité ;
- En France, les TMS, dont le dos est la principale localisation, représentent près de 90 % des maladies professionnelles reconnues.
Au-delà des chiffres, c’est toute l’organisation du travail qui est affectée : absentéisme, baisse de productivité, reconversions forcées.
De nombreux employeurs en ont pris conscience pour en prévenir l’apparition.
Des causes nouvelles
L’épidémie de mal de dos est malheureusement endémique, directement liée à l’évolution de nos modes de vie :
- La sédentarité constitue un facteur central. Le temps quotidien passé assis, au bureau, dans les transports, n’a cessé d’augmenter. Or, l’inactivité affaiblit les muscles qui soutiennent la colonne vertébrale.
- Les mauvaises postures accentuent le phénomène : dos voûté, poste de travail inadapté, tête penchée vers un smartphone.
- Le stress, enfin, agit de manière plus insidieuse. Les tensions psychologiques se traduisent souvent par des contractures musculaires, notamment dans le dos et les épaules.
Une majorité de cas bénins
Dans 90 % des cas, les lombalgies sont dites “communes” : elles évoluent favorablement en quelques semaines.
Mais une fraction non négligeable, un peu plus de 10 %, bascule dans la chronicité. Ce sont eux qui concentrent l’essentiel des dépenses.
La douleur persiste alors au-delà de trois mois, parfois pendant des années.
Ce sont ces formes chroniques qui concentrent l’essentiel :
- des arrêts de travail prolongés,
- des coûts médicaux (consultations, imagerie, médicaments, rééducation),
- et de la dégradation de la qualité de vie.
Un enjeu de santé publique plus que médical
Sa prévention repose sur des changements de comportement :
- bouger davantage ;
- renforcer la musculature ;
- optimiser son bien-être mental ;
- garder un poids de forme ;
- ne pas fumer de tabac ;
- adapter les postes de travail ;
- bien dormir ;
Un ouvrage d’Alexandre Dana et Victor Fersing La Chaise tue. Comment échapper à la sédentarité et remettre son corps en marche (Eyrolles, 2025) met les points sur les i.
Ils citent même Mathilde Mathieu, une kinésithérapeute spécialisée dans les risques du travail de bureau, qui tente d’inverser les chose « J'en avais marre de réparer les gens trop tard. Quand la structure du corps est abîmée, tu ne peux plus faire grand-chose. Je veux que mon savoir permette aux gens de prendre soin de leur santé en amont. les employés de bureau sont les oubliés de la santé au travail. Dans l’image populaire, être assis, c’est merveilleux. Et pourtant, être assis impacte radicalement la santé ».
Si le mal de dos mérite son statut de “mal du siècle”, c’est aussi parce qu’il est le reflet direct de notre société : plus sédentaire, plus stressée, plus contrainte par des postures répétitives.
Pour aller plus loin :
https://www.lachaisetue.com/p/la-chaise-tue-notre-corps
Campagne de prévention de la Sécurité sociale (2018)