Pr Agnès Buzyn, fondatrice du think tank Evidences, ancienne ministre des Solidarités et de la Santé
« Notre système de soins a besoin d’une réforme pour être au rendez-vous des besoins »

Pr Agnès Buzyn : Il l’est ! Parce que la pression exercée par le poids des maladies chroniques, le vieillissement de la population, ne fait que s’intensifier. Notre système de soins doit se réformer pour être au rendez-vous des besoins. J’ai titré, demain notre santé, justement parce que je pense que les réformes sont à faire aujourd’hui pour pouvoir assumer dans la, ou dans les deux prochaines décennies, les transformations démographiques majeures et épidémiologiques auxquelles nous devons faire face. Et leurs conséquences en matière de prise en charge de nos concitoyens.
Pr Agnès Buzyn : Je dirai que c’est hétérogène. Il y a beaucoup d’inégalités dans l’accès aux soins, que ce soit pour des raisons d’ordre géographique ou parfois financières. Malgré tout, il y a toujours une excellente médecine en France, encore faut-il s’assurer de la qualité des soins : cette dernière n’est jamais évaluée et ne rentre pas en ligne de compte dans la façon dont on rémunère le système. Cela doit changer.
Pr Agnès Buzyn : Dans la réforme que je propose, je veux que soit posée sur la table la question de la qualité, pour que chacun ait droit à la meilleure médecine et que cela soit un critère pris en compte, tant dans l’évaluation des pratiques que dans la rémunération des professionnels de santé.
Pr Agnès Buzyn : Les deux choses se superposent mais ne sont pas équivalentes. On peut faire un acte d’une très grande qualité mais non pertinent. À l’inverse on peut avoir un acte très pertinent, dont l’indication est bien posée, mais dont la qualité finale n’est pas la bonne. Ce sont ces deux notions dont je parle dans mon livre. La pertinence est absolument indispensable pour la pérennité et la soutenabilité de notre système de santé. On sait que nous avons aujourd’hui autour de 20% à 30% d’actes totalement inutiles et non pertinents.
Pr Agnès Buzyn : Trop de discours s’appuient sur les évolutions démographiques réelles mais proposent des solutions simplistes, comme la hausse des franchises pour les assurés sociaux. Avant de traiter les conséquences, il faut traiter les causes. Et les causes c’est qu’on finance le système d’une mauvaise façon. Je ne pense pas que les franchises soient la panacée. Avant de dire qu’il faut que chacun y mette de sa poche, je pense qu’il faut d’abord réformer le mode de financement même du système.
Pr Agnès Buzyn : Oui, là aussi on est arrivé au bout d’un système et il devient dysfonctionnel. On doit réfléchir aux paniers de soins que remboursent respectivement l’AMO et l’AMC et revenir sur la façon dont on se répartit le remboursement d’un certain nombre d’actes et de médicaments. À titre d’exemple, faut-il encore que l’AMO rembourse des médicaments très peu utiles à 15% ? Cela n’a pas de sens. Cela fait partie des réformes que nous devons engager. Qu’est-ce qui doit rester du ressort de l’AMO, couverte par la solidarité et ce qui doit être du ressort d’un système assurantiel que chacun prendrait ? Ce travail ne fait que démarrer mais il est totalement nécessaire.
* « Demain, notre santé », Agnès Buzyn - Éditions Plon, date de parution : 06/11/2025, grand format 224 pages 20 €, livre numérique 13,99 €.
Crédit photo : DR
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Agnès Buzyn en 8 dates clés
Agnès Buzyn est Professeur d’Hématologie à l’Université Paris-Sorbonne. Ses travaux de recherche réalisés à l’Inserm entre 1995 et 2008 ont porté sur l’immunologie des tumeurs. En 2008, elle a été nommée Présidente de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), puis en 2011 Présidente de l’Institut National du Cancer (INCa) mandat pendant lequel elle sera en charge de la rédaction du 3e Plan Cancer. En 2016, elle est nommée Présidente du Collège de la Haute Autorité de Santé (HAS), avant d’être nommée Ministre des Solidarités et de la Santé (2017-2020). Recrutée au cabinet du Directeur Général de l’OMS en janvier 2021, comme envoyée spéciale pour les affaires multilatérales, elle en partira en septembre 2022 pour être nommée Conseillère-Maitre en Service Extraordinaire à la Cour des Comptes. Elle est depuis 2025 également Présidente du thinktank Evidences qui vise à défendre la place de la science dans la société.