Pr Claire Mounier-Véhier, cofondatrice de la fondation Agir pour le Cœur des Femmes
« Il faut environ trois mois pour préparer une ville à accueillir le Bus du Cœur »

Pr Claire Mounier-Véhier : La Fondation Agir pour le Cœur des Femmes est née en 2020, pendant le grand confinement lié à la pandémie Covid. Avec Thierry Drilhon, nous avons commencé par des actions de communication et d’alerte puisque nos trois missions en matière de prévention et de prise en charge sont : d’alerter, d’anticiper et d’agir, les 3 A du coeur. Les registres épidémiologiques de Santé publique France montrent qu’aujourd’hui, en France, 200 femmes décèdent chaque jour d’un accident cardio-cérébro-vasculaire, soit une femme toutes les 7 minutes.
En septembre 2021, nous avons a mis en place la première saison du Bus du Cœur des femmes avec une année test sur cinq villes. Depuis 2022, le Bus réalise 16 étapes par an dans toute la France. À ce jour, nous sommes parvenus à dépister 23 000 femmes sur 75 étapes avec l’ambition de sauver 100 000 femmes d’ici 2030.
Pr Claire Mounier-Véhier : Il faut environ trois mois pour préparer une ville à accueillir le Bus du Cœur des Femmes. C’est un dispositif qui vise à mettre en lumière, sur un territoire, la problématique de la santé cardiovasculaire et gynécologique des femmes. Il rassemble les acteurs locaux, la mairie, bien sûr, mais aussi tout le tissu associatif local et les professionnels de santé du territoire. Ce ne sont pas les médecins d’Agir qui montent dans le bus et qui font des consultations, mais bien les professionnels de santé locaux, qui vont participer au dispositif de manière bénévole. Médecins généralistes, spécialistes, infirmiers… À chaque intervention, ce sont quelque 120 professionnels de santé qui sont mobilisés sur trois jours. Aujourd’hui, nous avons plus de 6 000 professionnels de santé bénévoles sur tout le territoire, Hexagone et Outre-Mer.
Pr Claire Mounier-Véhier : Les consultations se font sur préinscription. Il s’agit de véritables rendez-vous organisés pour les femmes, qui se préparent de manières conjointes : une communication préalable des dates de passage du bus est faite par la ville, via des affiches dans la commune ; un envoi de mailing ou de sms de la part de l’Assurance Maladie qui cible particulièrement les femmes qui n’ont pas d’indicateurs de remboursement de soins, celles qui sont sorties du parcours de soins, afin de toucher une population plutôt précaire. En outre, cette année, toujours en nous appuyant sur les données des caisses primaires d’assurance maladie, nous avons rajeuni notre public pour inclure désormais un dépistage des femmes dès l’âge de 20 ans et pas seulement les femmes de plus de 50 ans. L’objectif est de dépister toutes les tranches d’âge.
Pr Claire Mounier-Véhier : Après cette préinscription, ces femmes ont un dépistage en douze étapes au sein du Bus. La première consiste en un entretien médical initial qui se fait dans la maison médicale mobile, où l’on peut mettre jusqu’à sept médecins et/ou des infirmières en pratique avancée. Les patientes auront ensuite une mesure de leur pression artérielle et une formation à l’automesure tensionnelle dans la maison de l’automesure, notre nouveau dispositif mis en place cette année. Il y aussi deux postes d’addictologie. Ensuite, elles passeront un ECG dans la maison des explorations mobiles avec un Doppler artériel pour les femmes les plus à risque.
J’ajoute que le bus intègre aussi un laboratoire de biologie embarqué qui permet de réaliser un bilan lipidique complet, une prise de glycémie à jeun. Avec, au fond du véhicule, le poste gynéco avec des gynécologues et des sages-femmes pour l’entretien gynécologique en toute confidentialité. Elles ont un entretien avec une diététicienne. Ce parcours de soins se termine par une synthèse médicale et la réalisation d’un courrier médical pour le médecin traitant avec les actions à organiser. Une femme sur trois se verra aussi programmer un rendez-vous avec un spécialiste, cardiologue, médecin vasculaire, gynécologue …
Les données des dépistages sont colligées dans l’Observatoire National de la Santé des Femmes mis en place par notre fondation et qui permettent de donner des indicateurs précis de la santé des femmes et de leur mode de suivi.
* https://www.agirpourlecoeurdesfemmes.com
Crédit photo : Fondation Agir pour le Coeur des Femmes
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Dépistage des maladies cardiovasculaires : une proposition de loi fait son chemin
La proposition de loi « visant à accélérer la prévention cardio-neuro-vasculaire et à anticiper un risque sanitaire et social majeur » poursuit son chemin législatif.
Ce texte, transpartisan, porté par l’ex-ministre de la Santé et actuel député de la 7ème circonscription de l’Isère, le Dr Yannick Neuder, veut rendre obligatoire le dépistage cardio-vasculaire (hypertension, diabète, cholestérol), notamment via les bilans prévention aux âges clés de la vie (18-25 ans ; 45-50 ans ; 60-65 ans ; 70-75 ans), ainsi que lors de la visite de dépistage professionnelle de mi-carrière des salariés, autour de 45-50 ans.
Dans le champ de la prévention féminine, le texte, voté en première lecture à l’Assemblée nationale au mois d’avril, vise à inscrire une évaluation systématique du risque cardio-gynécologique lors des rendez-vous de prévention. Il devrait être présenté devant le Sénat en « procédure accélérée », courant juin ou début octobre.