DV Jacques Guérin : J’entame mon quatrième mandat. En dehors de cette crise sanitaire conjoncturelle, mon ambition est de faire en sorte que les détenteurs d’animaux aient accès aux soins pour toutes les espèces, en tout lieu, et en toutes circonstances, à des prix qui ne discriminent pas l’accès de certaines populations aux soins vétérinaires. C’est cela l’élément structurant. Dans le cadre de cet accès aux soins, nous avons une problématique que connaissent aussi les professions de santé humaine, celle de la manière dont ces soins sont réalisés en dehors des horaires d’ouverture des établissements de soins de santé vétérinaire.
DV Jacques Guérin : C’est ce qu’on appelle la continuité des soins, la permanence ou la gestion des urgences. Nous avons mis en place une médecine solidaire pour répondre aux plus démunis, c’est l’un des sujets.
Le deuxième est d’ordre démographique. Il n’est pas forcément lié au volume du nombre de vétérinaires diplômés, mais à leur bonne répartition sur l’ensemble du territoire, en fonction des besoins. Parce que la santé animale n’est pas supportée par une forme de sécurité sociale, ce qu’on peut comprendre, mais en conséquence, l’organisation d’un système de garde qui pourrait s’apparenter à un service public, n’existe pas. Cela relève de l’obligation déontologique et de la bonne disposition des vétérinaires qui font le choix de l’organiser et d’y participer. À partir du moment où certains veulent s’en émanciper parce qu’ils considèrent que c’est incompatible avec l’équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie privée, il va falloir que nous trouvions des solutions.
DV Jacques Guérin : La dermatose nodulaire contagieuse bovine est une crise sanitaire qui est non-zoonotique. Elle touche les bovidés et est une maladie extrêmement contagieuse de la famille des poxviroses. Les armes, à travers le plan sanitaire, reposent sur la vaccination et on a la chance d’avoir un vaccin. Mais un vaccin ne fait pas tout, il y a aussi des règles de biosécurité, et on a bien sûr un troisième élément, extrêmement chargé en émotion, déstructurant et dramatique pour les éleveurs : si on veut abaisser la charge virale dans un foyer infectieux, il faut dépeupler l’unité épidémiologique.
DV Jacques Guérin : Tout le monde s’accordera pour dire que c’est traumatisant pour l’éleveur. Mais c’est très impactant psychologiquement pour les vétérinaires qui sont entrés dans ce métier pour soigner et sauver des animaux et non pour les euthanasier. Maintenant, si on enlève cette focale et qu’on regarde le rôle sanitaire du vétérinaire, celui de protection globale des troupeaux, on arrive à cette conclusion qu’il s’agit d’un mal nécessaire, un sacrifice à consentir pour protéger l’ensemble des cheptels.
J’ajoute que cette crise de la dermatose nodulaire ne revêt pas une ampleur nationale, elle est plutôt régionale. Il y a eu un point d’entrée en France au niveau des départements savoyards, qui s’est ensuite propagé à l’Occitanie, faute de respect strict des conditions sanitaires. Mais à l’arrivée, sur 16,4 millions de bovins en France, les décisions d’abattage se sont restreintes à 3 500 bovins environ.
DV Jacques Guérin : Il est trop tôt pour le savoir. Si, grâce à la vaccination on a atteint une immunité de protection dans les zones qui ont été touchées, on ne peut pas dire qu’on n’aura pas de résurgence. Nous le saurons d’ici cet été. Le ministère de l’agriculture a décidé d’une deuxième saison de vaccination. Mais les enseignements sont là : la science est une chance et constitue un progrès essentiel, ce qui n’est peut-être pas suffisamment expliqué. Cette crise a mis au jour la réticence de certaines populations qui se méfient de la science et des vaccins et s’est traduit par une résurgence de tout ce qu’on a pu voir pendant la crise du covid 19.
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