« Nous savons depuis des années que le non-recours [à la kinésithérapie] a des conséquences lourdes : aggravation des pathologies, perte de chance pour les patients et coûts évitables pour le système. Aujourd’hui, une étude vient enfin le démontrer et le chiffrer », s’est réjouie Pascale Mathieu, présidente de l’Ordre national des kinés (CNOMK), en préambule de la présentation, fin juin, de l’analyse médico-économique conduite par l’économiste spécialiste de la santé et de la protection sociale, Frédéric Bizard.
Et il faut admettre que les conclusions de cette étude visant à évaluer « l’impact d’une prise en charge précoce en kinésithérapie comparativement à une prise en charge tardive ou inexistante » aboutissent à des montants pharamineux : la généralisation de l’accès direct à la kinésithérapie dans quatre domaines (lombalgie, neurologie, gériatrie, pathologies respiratoires) pourrait ainsi générer jusqu’à 14 milliards d’euros d’économies par an pour la société, dont 6,5 milliards d’euros pour l’Assurance Maladie, peut-on lire dans le document.
Quatre grands champs d’intervention
Dans le détail, ces quatre grands champs d’intervention concernent, en premier lieu, pour la lombalgie, les troubles musculo-squelettiques ; les accidents vasculaires cérébraux, la maladie de Parkinson et la sclérose en plaque pour la neurologie ; et enfin, la prévention et la prise en charge des chutes des personnes âgées ainsi que les pathologies respiratoires (BPCO, etc.). En totalité, ces domaines représentent 80 % de l’activité des kinés, rappelle l’étude.
Des domaines pour lesquels, les patients doivent aujourd’hui bénéficier d’une consultation médicale préalable. Ainsi, « près de 47 % des patients n’accèdent pas à la kinésithérapie alors qu’elle serait recommandée », juge le rapport. Avec des taux de non-recours qui peuvent atteindre jusqu’à 70 % chez les personnes âgées à risque de chute.
Parcours classique inadapté
Le triptyque classique du parcours de soins – médecin, ordonnance, kiné – apparaît clairement inadapté, estime le Conseil national de l’Ordre des kinés. Surtout face aux complications générées par le mur démographique qui se profile. Selon les estimations de l’étude, la France devra accompagner 665 000 personnes dépendantes supplémentaires d’ici à 2040...
L’impact financier de l’accès direct aux kinésithérapeutes trouve aussi sa traduction au sein du monde de l’entreprise : « jusqu’à 36 jours d’arrêts de travail peuvent être évités dans le cadre d’une lombalgie », calcule l’étude, sachant que 84 % de la population adulte sera concernée au cours d’une vie. À tire d’exemple, sur le seul champ de la prise en charge de la lombalgie, Frédéric Bizard estime que « sur 5 ans pour 100 000 patients, le gain brut sociétal est de 750 millions d’euros ».
Levier majeur d’efficience
Mis bout à bout, le recours à la kiné précoce dans les quatre champs d'intervention indiqués, constituerait donc un « levier majeur d’efficience », pouvant générer, en hypothèse haute, jusqu’à 14 milliards d’euros de gains pour la société. Ou, en hypothèse basse « tenant compte des contraintes du terrain », près de trois milliards d’euros d’économies pour la société, et 1,4 milliard pour l’Assurance Maladie, soit plus de 26 % des dépenses actuelles de kinésithérapie », sur un an.
https://www.ordremk.fr/wp-content/uploads/2026/06/rapportcomplet-fbpourcnomk-062026-vf-ac.pdf