Quantifier l’importance du gaspillage des médicaments éliminés à l’hôpital, en identifier les raisons et en mesurer l’impact financier. Tel était l’objectif de l’enquête conduite à l’initiative du Comité pour le développement durable en santé (C2DS), en partenariat avec le Résomédit. Pour mémoire, ce dernier rassemble les observatoires régionaux des médicaments. L’étude, menée entre fin novembre 2024 et mars 2025, s’appuie sur la participation de 210 hôpitaux et cliniques volontaires qui ont analysé la production de leurs déchets médicamenteux durant une semaine complète.
Plus de deux tonnes de déchets
À l’arrivée, sur ces sept jours consécutifs, 252 246 unités communes de dispensation (UCD) ont été jetées par les établissements participants. Ce qui représente plus de 5 100 médicaments différents, pour une valeur de 700 000 euros. Et un total de 2,14 tonnes de déchets et 122 tonnes CO2eq (empreinte carbone), révèle l’enquête présentée fin septembre. Sur le terrain, ce sont ainsi plus de 1 000 professionnels de santé qui, en équipe, ont récupéré chaque unité, une par une, dans les poubelles des établissements, pour les quantifier, les peser et calculer leur empreinte carbone.
Démarche de développement durable
Cette étude « sur les médicaments jetés à l’hôpital, s’inscrit dans la dynamique systémique d’une démarche de développement durable des établissements de santé », explique le C2DS. Dont la démarche souhaite répondre à un triple objectif. Tout d’abord, participer à la réduction de la pollution des milieux par les substances actives, leurs métabolites, « et les conséquences associées sur la santé humaine, animale et les écosystèmes ». Ensuite, contribuer à la baisse du bilan carbone associé à ce gâchis. En effet, le CD2S rappelle que les médicaments représentent une part majeure des émissions de gaz à effet de serre du système de santé (29 % selon le rapport de la Cour des comptes Le bon usage des produits de santé, septembre 2025). Et enfin, générer des économies. Le rapport « charges et produits » de la Caisse nationale d’Assurance Maladie publié l’été dernier envisage une « économie possible de 425 millions sur les médicaments en 2025 », souligne le Comité pour le développement durable en santé.
Principales raisons du gaspillage
Le premier motif d’élimination des médicaments ? La péremption, qui représente un tiers du volume de déchets collectés. Suivi par le circuit même des médicaments. L’enquête révèle que 20 % des produits éliminés ne sont pas utilisés par les services et ne sont pas remis dans le stock des Pharmacies à Usage Intérieur (PUI). Parmi les médicaments les plus éliminés en volume, les anxiolytiques, hypnotiques et antidépresseurs arrivent en tête de liste, devant les analgésiques.
Pour limiter ce gaspillage, le C2DS recommande, entre autres mesures, la réalisation d’« inventaires plus réguliers », la mise sur pied d’un dispositif d’alerte sur les molécules onéreuses proches de la péremption ainsi que l’inscription de ces stocks sur une plateforme numérique régionale afin de faciliter le partage entre les hôpitaux.
* https://www.c2ds.eu/medicaments-hopital-combien-et-pourquoi-on-jette/