Pascale Mathieu : Nous n’avons pas encore de date précise pour la sortie de ce Livre blanc. Mais il s’agit, en effet, d’un ouvrage collectif auquel toutes les composantes de la profession participent : l’Ordre, les sociétés savantes, les représentants des kiné salariés et libéraux... À raison d’une ou plusieurs réunions par mois, chacun travaille en sous-groupe de quatre ou cinq personnes, sur telle ou telle thématique. Que ce soit, par exemple, sur la formation initiale ou la formation continue, les équipes qui « brainstorment » vont remonter leurs contributions. Elles sont ensuite discutées avec toutes les parties prenantes et sont ainsi acceptées, ou rejetées. Nous ne gardons que ce qui fait consensus. Nous ne pensons pas que nous aurons terminé avant cet été, mais j’espère que nous serons en mesure de publier notre document à la rentrée, à destination des candidats aux élections présidentielles de 2027.
Pascale Mathieu : Indépendamment du Livre blanc qui veut développer d’autres thématiques que le seul accès direct, je crois qu’une clarification est nécessaire sur ce sujet. La « loi Rist », en 2023, avait prévu l’accès direct aux kinésithérapeutes qui exercent dans les maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP), les équipes de soins spécialisés (ESS), les équipes de soins primaires, les centres de santé, l’ensemble du secteur médico-social et dans tous les établissements de santé. Cela veut donc dire que depuis 2023, sans aucune restriction, tous les kinés qui exercent dans ces lieux n’ont plus besoin de prescription médicale. Ils sont de facto en accès direct (dans la limite de huit séances par patient qui n’a pas eu de diagnostic médical préalable (NDLR). Et en ce qui concerne les CPTS, la ministre de la Santé Stéphanie Rist, qui était alors rapporteuse du budget de la Sécurité sociale, a ajouté cet accès direct sous forme d’expérimentation.
Pascale Mathieu : Absolument, quand je fais des réunions publiques, je me rends compte qu’il y a des kinés qui ne le savent toujours pas. Il va falloir une acculturation et beaucoup de communication pour rappeler qu’il ne s’agit pas seulement de la lombalgie et l’entorse de la cheville, comme beaucoup le croient, mais bien de l’ensemble des actes de kinésithérapie.
Pascale Mathieu : Tout à fait, j’ai été auditionnée par le Haut Comité des Professions Paramédicales (HCPP) et les kinésithérapeutes seront intégrés aux rendez-vous de prévention. C’est un combat que je mène depuis que le candidat Macron a souhaité mettre en place ces rendez-vous en 2022. Lors de mon audition devant le HCPP, j’ai rappelé qu’il fallait qu’on arrête d’avoir la vision de kinés qui ne font que du musculo-squelettique. C’est bien méconnaitre la profession que de la cantonner à cette seule action. Les kinés sont ceux qui rééduquent les AVC, les scléroses en plaque, les parkinsons, les grands brûlés, les incontinences urinaires, les enfants handicapés, les maladies dégénératives, le cardio-respiratoire. Nous sommes aussi présents pour maintenir l’autonomie de la personne âgée : du nouveau-né à la fin de vie, nous sommes une profession à 360 degrés.
Pascale Mathieu : Je suis toujours sur ce dossier qui fait consensus auprès de toute la profession. Mais pour y parvenir, ce changement d’appellation doit passer par une proposition de loi, et malheureusement, il est en ce moment assez compliqué d’avoir une fenêtre de tir dans le calendrier parlementaire.
* Communautés professionnelles territoriales de santé
Crédit photo : Nikola Krtolica