Séverin Benizri : C’est une solution qui permet de faire une évaluation de l’apnée du sommeil, simplement, avec son smartphone. C’est un projet que nous avons lancé en 2021 avec mon associé, Guillaume Cathelain, ingénieur comme moi et qui s’appuie sur ses travaux de recherche sur la mesure du sommeil via des matelas intelligents, ou le suivi des constantes vitales des bébés prématurés, sans contact, avec les capteurs qui sont embarqués dans les téléphones. Il y a un enjeu de santé publique majeur sur le sujet de l’apnée du sommeil, qui touche 1 adulte sur 5 et souffre d’un sous-diagnostic supérieur à 80%*. En utilisant la qualité des capteurs du téléphone, nous sommes capables d’obtenir une précision diagnostique, sans avoir besoin d’aucun autre matériel.
Séverin Benizri : Il suffit d’installer l’application sur son smartphone et de passer une nuit avec le téléphone fixé sur son thorax qui va enregistrer, via les capteurs du téléphone, les mouvements, le son de la respiration ainsi que les battements du cœur. Je précise que le téléphone est alors par-dessus les vêtements et en mode avion, donc il n'émet aucune onde.
À partir de toutes les données recueillies, on a une intelligence artificielle qui vient analyser ces signaux et détecter s’il y a des problèmes dans la respiration qui sont caractéristiques de l’apnée du sommeil et qui se classent en différentes familles : le simple ronflement qui est déjà un indicateur, l’hypopnée où l’air passe mal mais passe encore un peu, jusqu’à l’apnée, où l’air ne passe plus du tout. C’est toute cette finesse qui est retraduite par les capteurs du smartphone, qui permettent ensuite aux professionnels de santé de prendre les décisions sur l’orientation et les traitements à mettre en œuvre.
Séverin Benizri : Aujourd’hui, environ huit personnes sur dix vivent avec une apnée du sommeil sans le savoir. Avec de sérieuses conséquences. Au-delà des désagréments du quotidien et l’impact sur la qualité de vie, notamment au travail : somnolence, fatigue… Un sommeil peu récupérateur induit, petit à petit, des maladies qui viennent perturber le système cardiovasculaire, comme le diabète, l’hypertension artérielle, favorisent l’obésité ou encore augmentent les risques d’AVC. Par exemple, on a cinq fois plus de risque de mourir d’un problème cardiovasculaire que le reste de la population générale avec une apnée du sommeil non traitée. Un mauvais sommeil génère donc des effets à long terme sur la santé.
Séverin Benizri : Oui, c’est un peu le phénomène du cordonnier le plus mal chaussé. En ce qui concerne cette population spécifique, les niveaux de détection ne sont pas meilleurs que ceux observés dans la population générale. Avec, de plus, des facteurs aggravants, du fait de leurs contraintes en termes d’horaires : le travail de nuit, les horaires décalés, les gardes… ils ont déjà peu de sommeil et si celui-ci n’est pas récupérateur, les enjeux sont encore plus importants.
Pr Pierre Alexis Geoffroy : Tout d’abord, nous avons besoin de ce type de dispositif ambulatoire qui rend accessible le dépistage des apnées, parce qu’actuellement, il faut aller en centre de sommeil ou s’appuyer sur des dispositifs ambulatoires qui sont un peu lourds. C’est une véritable révolution de pouvoir le faire avec son seul smartphone, mais aussi d’avoir une mesure répétée, en condition écologique. Nous savons que ce type de mesure longitudinale sur plusieurs jours, dans les conditions de vie habituelles, permet d’être plus juste et précis dans le diagnostic.
Les professionnels de santé sont particulièrement exposés aux troubles du sommeil et ils ne sont pas forcément bien dépistés, contrairement à ce qu’on pense. Le manque de sommeil est une des premières causes d’erreurs médicales et chirurgicales. Donc bien dormir, c’est aussi bien soigner.
Séverin Benizri : Oui, La Médicale est consciente des enjeux et des attentes des professionnels de santé pour améliorer la qualité de leur sommeil. L’idée est de fournir des clés de compréhension et à terme des outils comme Apneal pour faciliter l’identification des troubles et accélérer leur prise en charge. La première étape, c’est la rédaction d’un livre blanc sur les troubles du sommeil en préparation avec La Médicale. L’idée est de produire un contenu pédagogique sur l’importance du sommeil pour les professionnels de santé. On qualifie souvent l’hypertension de « tueur silencieux », l’apnée du sommeil en est un autre. D’ailleurs l’une des premières conséquences de l’apnée du sommeil, c’est l’hypertension.
Notre solution Apneal a passé les différentes étapes de validation cliniques et réglementaires pour obtenir le label dispositif médical, de classe I pour le dépistage et très bientôt de classe IIa pour l’aide au diagnostic. Nos études cliniques ont démontré qu’Apneal, pour catégoriser la sévérité de l’apnée du sommeil, est d’une précision équivalente aux examens du sommeil réalisés en routine et remboursés par la Sécurité sociale. L’outil va permettre de rendre accessible la détection et l’orientation à l’échelle du besoin médical actuel.
* Benjafield Estimation of the global prevalence and burden of obstructive sleep apnoea Lancet Respir Med. 2019
** « La nuit vous appartient - Dormir mieux pour vivre plus », Pr Pierre Alexis Geoffroy - Éditions Robert Laffont, date de parution 12/02/2026, 342 pages 21 €
Crédits photos : DR
Entretien croisé :
Séverin Benizri, CEO de la start-up Apneal et Pr Pierre Alexis Geoffroy, psychiatre, spécialiste du sommeil, membre du conseil scientifique.