Début juillet, la Caisse nationale d'Assurance Maladie (Cnam) a dévoilé une quarantaine de propositions en vue d'épargner 3,9 milliards d’euros sur la branche maladie de la Sécurité sociale dans le cadre de l’élaboration du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS 2027). L'heure est grave, selon le directeur général de la Cnam, Thomas Fatôme. En effet, non seulement ses services évaluent le déficit de l’Assurance Maladie à 13,8 milliards d’euros pour 2026 mais les projections calculent que ce dernier dépasserait les 40 milliards d’euros à l’horizon 2030. Argumentaire à l'appui.
Surcoûts liés aux polypathologies chroniques
À l’horizon 2035, près d’une personne sur deux serait concernée par une maladie chronique, soit un effectif total de 27,7 à 30,4 millions de personnes. Parallèlement, près d’1 adulte sur 5 vit aujourd’hui avec plusieurs maladies chroniques simultanées. Ces situations de polypathologies entraînent des surcoûts importants (+ 8 863 euros en moyenne en 2024 par rapport à une personne sans polypathologie) et une mortalité plus élevée, rappelle la Cnam. « En fonction des scenarii observés, les pathologies chroniques pourraient représenter jusqu’à 70% de la dépense remboursée totale en 2035 (contre 65,1% en 2024). Si la tendance actuelle se poursuit, les dépenses de santé pourraient atteindre 270 milliards d’euros à l’horizon 2030 (+ 60 Mds€ par rapport à 2024) », alertent les auteurs du rapport.
Miser sur la pertinence et la prévention
Mais en agissant davantage sur la pertinence et l’efficacité des dépenses, via une régulation « volontariste », cette progression pourrait être contenue à 255 milliards d’euros, peut-on lire dans le dernier rapport "Charges et Produits"*. « Seul un investissement massif dans la prévention, associé à une maîtrise des dépenses plus fortes pourraient contenir les dépenses de santé à hauteur de 245 milliards d’euros, tout en permettant aux assurés de vivre plus longtemps en bonne santé », diagnostique la Cnam.
Rembourser le juste soin au juste prix
Parmi son arsenal de propositions, le rapport décline trois leviers d'actions essentiels à mettre en œuvre dans une approche pluriannuelle : le virage préventif, les parcours de soins et l’urgence de « rembourser le juste soin au juste prix », un des mantras du DG de la Cnam.
Premier d'entre eux, donc, le volet prévention qui doit être érigé en « axe central de la soutenabilité du système de santé ». Le deuxième grand axe concerne, quant à lui, les parcours de soins : le suivi des personnes atteintes de maladies chroniques reposant « prioritairement sur les soins de ville ». Par ailleurs, il conviendrait de faciliter le diagnostic précoce des maladies neurodégénératives chez le généraliste « grâce à un avis spécialisé ».
Enfin, après avoir appelé à l'intensification de la lutte contre les fraudes (près de 723 millions d’euros de préjudices financiers détectés et stoppés l’an passé), la Cnam suggère de renforcer les actions de pertinence, appelant à une « désescalade thérapeutique». Notamment en oncologie qui représente un quart des dépenses de médicaments. À titre d'exemple, les dépenses nettes de médicaments anticancéreux ont atteint 7,1 milliards d’euros en 2024, soit une hausse de 10,2 % par an sur cinq ans, précisent les auteurs du rapport.
* Améliorer la qualité du système de santé et maitriser les dépenses / Proposition de l’Assurance maladie pour 2027 / Rapport au ministère chargé de la Sécurité sociale et au Parlement sur l’évolution des charges et des produits de l’Assurance Maladie au titre de 2027 (loi du 13 août 2004) : https://www.assurance-maladie.ameli.fr/sites/default/files/2026-07_rapport-propositions-pour-2027_assurance-maladie.pdf