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Entretien avec Alice Belliot, vice-présidente de Kinés du Monde

publiée le 12 août 2019


Entretien 


Entretien avec Alice Belliot, vice-présidente de Kinés du Monde

L’association Kinés du Monde a été créée il y a un peu plus de trente ans. Basée à Grenoble, elle intervient, pour l’heure, essentiellement en Afrique et en Asie. Rencontre avec la représentante de kinésithérapeutes bénévoles et engagés. 


La Médicale : Depuis combien de temps votre association existe-t-elle ?

Alice Belliot Kinés du Monde a été fondée par un groupe de kinés basés en Corse. C’est là qu’a été situé le premier siège social, il a ensuite bougé à Paris, puis à Grenoble, où il est toujours aujourd’hui. L’idée est de répondre aux besoins de partenaires locaux, sur le terrain, dans des pays en voie de développement. Nous proposons un accompagnement dans la formation des professionnels de santé sur place et des personnes gravitant autour de la personne en situation de handicap. Mais en aucun cas, nous ne faisons des soins nous-mêmes. C’est l’une des valeurs de KdM : on ne fait pas à la place de. On accompagne les personnels, l’idée est que notre présence soit juste temporaire tout en favorisant une pérennité dans le soin.


Dans quel pays intervenez-vous ?

Alice Belliot : Actuellement, nous sommes surtout présents en Afrique. Au Sénégal, à Dakar précisément, sur un projet autour de la rééducation de la main et du membre supérieur. C’est un projet assez particulier puisque ce n’est pas une mission avec la présence de volontaires à long terme, qui partent six mois par exemple. On est plus sur de la formation continue. Ce sont des kinés de Dakar et des villes environnantes qui viennent deux à trois fois par mois à Dakar pour des sessions de formation. Nous avons répondu à une sollicitation qui émanait d’un chirurgien de Dakar.

Comment s'effectue le choix du pays et du domaine d'intervention ?

Alice Belliot : Nous sommes sollicités par des structures locales par mail et nous les étudions : répondent-elles aux compétences de Kdm ? Par exemple, certains ne nous demandent que du matériel, ce qui n’est pas de notre compétence. Quand on voit en revanche que les demandes rentrent dans le cadre de nos critères - la formation - nos bénévoles vont échanger avec les structures sur place pour voir ce que l’on peut mettre sur pied.

Quels sont les programmes en cours ?

Alice Belliot : Le programme de la main de Dakar existe aussi à Douala, au Cameroun, où il existe également un deuxième programme, plus classique celui-là, avec des volontaires qui partent sur place. C’est un programme qui dure un an. La première volontaire est partie six mois et est rentrée il y a peu. On devrait faire partir un autre volontaire en septembre, pour six mois également, afin de clôturer le programme. Toujours en Afrique, nous avons une mission diagnostic au Togo. Pendant quinze jours, deux bénévoles se rendent sur place pour échanger avec les partenaires et faire le tour de ce qui existe en matière de rééducation dans le pays ou dans la région. Les responsables de missions pourront ensuite écrire un projet. Le projet entre ensuite dans le cadre du budget prévisionnel de la mission et Il faut qu’on trouve des fonds. Ce qui est notre plus grande difficulté : trouver des bailleurs ou des mécènes qui financent nos missions. Sachant qu’à KdM, les missions ne partent que si on a, au préalable, les 100% du budget. Enfin, deux autres missions doivent se dérouler en septembre au Mali et à Madagascar. Et nous sommes intervenus également au Cambodge.

Combien de bénévoles compte Kdm ? Recherchez-vous des volontaires ?

Alice Belliot : Nous sommes une association. Il y a un bureau et un conseil d’administration qui compte quatorze membres. Nous avons une salariée à temps-partiel et des bénévoles partout en France, voire dans les pays limitrophes. D’une manière permanente, on doit être environ une trentaine de personnes. La plus grande difficulté n’est pas de trouver des volontaires pour partir en mission mais de trouver des bénévoles qui peuvent s’investir dans l’association pour son fonctionnement propre.

La ville de Grenoble a ouvert un pôle de solidarité internationale, dont vous faites partie. Cela vous rend-il la tâche plus aisée ?

Alice Belliot : C’est en effet la politique de la ville depuis trois ans. L’idée était de rassembler les associations de solidarité internationale dont le siège est à Grenoble sur un même lieu, dans le même bâtiment, ce qui peut créer des synergies. Les projets en commun, soutenus par plusieurs associations ont souvent plus de poids. Je trouve ça très pertinent et ça commence à donner des résultats. Par exemple la mission diagnostic pour le Mali en septembre, que j’évoquais précédemment, résulte d’un travail conjoint de Kinés du Monde et de Santé Diabète Mali, dont le siège est lui aussi dans ce pôle de solidarité internationale.

Propos recueillis par François Petty

Crédit photo : Kinés du Monde

Football et prévention : les Bleues ouvrent la voie

publiée le 22 juillet 2019

Le parcours des Bleues a suscité un engouement sans précédent pour la discipline. Et ouvre déjà la voie à une prise en charge médicale mieux adaptée au quotidien pour toutes les femmes qui, en France, jouent dans un club de foot. Rencontre avec le responsable du staff médical des Bleues, le Dr Vincent Detaille.

À 49 ans, le Dr Vincent Detaille est un médecin heureux. Malgré la défaite des joueuses de l’équipe de France en quart de finale, le football féminin n’a jamais suscité un tel engouement chez les Français. Et le responsable du staff médical apprécie, à juste titre, cette victoire là. Mais, au fait, comment devient-on le médecin des Bleues ?

Une expérience forgée en Bretagne

« Depuis que je suis gamin, j’ai toujours eu un attrait pour le sport. Ensuite, après avoir fait médecine, j’ai travaillé sur Lorient, au Centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelles de Kerpape où j’exerce depuis une quinzaine d’années. Par ailleurs, j’étais aussi médecin de l’équipe de foot de Lorient. J’avais donc déjà de l’appétence pour le foot et une expérience qui s’est forgée durant ces quinze années là. À Lorient, il y avait aussi une équipe de foot féminine, qui faisait partie du Football Club de Lorient et que je suivais également. À l’arrivée, c’est Corinne Diacre, la sélectionneuse de l’équipe de France qui m’a contacté il y a deux ans », explique ainsi celui qui est « médecin du sport spécialisé en médecine de rééducation, avec une orientation traumatologie orthopédie », titulaire d’un « diplôme de physiologie du sport et de traumatologie du sport » ainsi que d’un « diplôme de préparation physique ». Durant la Coupe du monde, le staff médical comptait, en tout, trois kinés et un médecin qui interagissaient avec les joueuses, bien sûr, mais aussi le préparateur physique et le staff technique.

Les différences de prise en charge femmes / hommes

Et, au quotidien, existe-t-il des différences de prise en charge selon qu’on ait affaire à une équipe féminine ou masculine ? « Au niveau comportemental, les filles agissent différemment des hommes. Les messages qu’on donne passent beaucoup plus vite et sont mis en place plus rapidement chez les féminines. Alors que chez les hommes, on est souvent obligé d’insister plus longtemps, de leur dire, puis de le re-redire », sourit Vincent Detaille. Quant au niveau purement médical, il semble que les blessures ne soient pas de même nature. « Comme il y a de plus en plus de licenciées et que la pratique du sport chez les femmes se développe beaucoup, de nombreuses études commencent à sortir. Par exemple pour le football, il y a moins de lésions musculaires que chez les hommes, mais davantage de lésions ligamentaires. Et les femmes sont plus sujettes à faire des commotions que les hommes. Ce sont toutes ces choses qui nous conduisent à mettre en place des protocoles de prévention différents de ceux des hommes », analyse le Dr Detaille qui, sur ce sujet, a un autre motif de satisfaction : le développement progressif de la prévention pour toutes les joueuses, indépendamment du niveau du club dans lequel elles évoluent. « Il y a eu de gros progrès dans la prise en charge des joueuses au sein des clubs. La « Fédé » a mis en place un groupe d’études et est train de peaufiner un programme préventif pour les féminines, afin qu’il puisse être appliqué dans les clubs de football. Ce sont des choses qui n’existaient pas il y a encore deux ans ». 

Crédit photo : Thibaut Vianney/FFF


Entretien avec Delphine Agullo de RemplaFrance

publiée le 19 juillet 2019


Entretien 


Entretien avec Delphine Agullo co-fondatrice de RemplaFrance

Deux entrepreneuses ont constaté les difficultés des jeunes médecins à trouver des annonces de remplacement correspondant à leurs critères. En 2016, elles décident de créer RemplaFrance afin d’aider les professionnels de santé à une échelle nationale. Delphine Agullo nous a présenté RemplaFrance.

La Médicale : Quelle a été votre idée de départ ?

Delphine AgulloLa genèse du projet remonte à l’été 2015 quand nous sommes parties en vacances, mon associée Mathilde Couturie et moi, avec des amis médecins, qui entraient sur le marché du travail. A leur contact, nous avons été surprises de découvrir qu’ils affrontaient un véritable parcours du combattant pour dénicher des remplacements chez des installés. 
A l’époque, les seules solutions étaient de passer par des groupes Facebook et des sites de l’Ordre, sans que cela soit pour autant pleinement satisfaisant (annonces déjà pourvues, pas de tri, pas de filtre, absence d’alertes). 
Ce genre de carences se pose régulièrement, comme en cas de vacances, de formation, de congé maternité, l’arrêt de travail. Il existe aussi du remplacement régulier, comme en cas de temps partiel, par exemple juste le mercredi, quand un kiné travaille au 4/5ème.  
Les besoins sont assez larges. Ils proviennent aussi chez les associations, collaborations, assistanats et en cas de succession/ cession. Et, dans les structures médicales, souvent en quête de CDD, de CDI ainsi que de cadres hospitaliers.

En quoi votre offre est-elle novatrice ?

Delphine Agullo : Comme nous venons du secteur commercial, nous avons décidé de centraliser l’offre et la demande de remplacement sur une plateforme unique.
Nous avons signé un partenariat avec ReAGJIR (Regroupement Autonome des Généralistes Jeunes Installés et Remplaçants en France). Ce qui nous a permis d’accéder à ses structures régionales d’association de médecins comme RemplaNord ou RemplaPACA. 
Le fondateur de RemplaNord a d’ailleurs rejoint notre équipe. Il s’agit du Dr Timothée Wattinne, 36 ans, médecin généraliste, qui exerce actuellement aux Urgences à l'Hôpital, dans le Nord.
Nous avions le besoin impératif d’un médecin avec nous pour savoir comment parler à ses confrères. C’était aussi important de construire notre projet autour de quelque chose qui fonctionnait déjà. 
La nouveauté était d’ouvrir la plateforme à un public pluriprofessionnel et national. L’échelon hexagonal se justifie, comme par exemple si un jeune médecin Breton souhaite faire un remplacement dans les Alpes pendant la saison du ski.


Quel est votre premier bilan ?

Delphine Agullo: Nous possédons actuellement une part de marché de 30% du remplacement chez les médecins généralistes installées en libéral, soit ceux qui postent des annonces, soit ceux qui y postulent, car ils sont remplaçants. Nous avons ainsi une base active de 35.000 professionnels, dont 20.000 généralistes libéraux et 10.000 infirmières. Les autres métiers sont présents : orthophonistes, sages-femmes, etc.
Pour parvenir à ce résultat, nous avons aussi bénéficié d’un côté viral. Et, pour accélérer, nous avons acquis le site TrocUnDoc, qui offrait également des services similaires, et qui partageait notre philosophie.
La demande est significative, comme de la part des cliniques ou des centres de santé. Les mairies, les département (maison de santé, départ à la retraite), qui ont le foncier, passent des annonces. Et, c’est ouvert au salariat.
 

Les habitudes ont-elles changé ?

Delphine Agullo : Oui, les jeunes générations présentent un profil particulier.
De plus en plus de professionnels veulent mixer les expériences. Outre un emploi en cabinet, ils sont heureux de consacrer 1 à 2 jours de présence à l’hôpital, en Ehpad ou en crèche. Il y a bien sûr aussi des demandes de garde. L’envie de se faire de nouveaux collègues et de tisser des liens dans une grosse structure est palpable.
RemplaFrance a permis de fluidifier le marché. Autrefois, les professionnels de santé ou des paramédicaux étaient plus sédentaires, passant parfois toute leur carrière dans la même commune.

Quel est votre business model ?

Delphine Agullo : Pendant 2 ans, tous nos services ont été gratuits. Cette initiative nous a permis d’accroître très sensiblement le contenu du site, d’atteindre une masse critique, si bien que de nombreux jeunes y ont trouvé leur bonheur.
Nous avons bien sûr commencé à facturer certains services, annonces ou contrats, depuis 2018, comme les besoins exprimés par les crèches, les hôpitaux ou les mairies. Sinon, tout est toujours gratuit pour les libéraux et les postulants.


Quel est le taux de réussite ?

Delphine Agullo : Toutes les annonces ne sont pas pourvues à la même vitesse. Il n’y a pas de pénurie chez les infirmiers, et les postes en grande ville ne restent pas vacants longtemps. C’est plus compliqué dans les déserts médicaux.
Les communes isolées proposent pourtant des packages. Outre l’emploi à la clé, elles doivent démontrer que, le cas échéant, les deux membres du couple pourront trouver un emploi dans le cas d’une installation. Il leur faut aussi vanter l’environnement global, comme les écoles et les loisirs.

Que proposez-vous comme expérience client ?

Delphine Agullo : Chez RemplaFrance, le contrat de remplacement, qui est obligataire, est dématérialisé avec un document 100% en ligne. Il comporte la signature électronique des deux parties, et est automatiquement envoyé à l’Ordre professionnel local.
Une application mobile sera aussi bientôt développée en plus du site web.


Envisagez-vous un système de notation ?

Delphine Agullo : Déontologiquement, les médecins ne se notent pas entre eux sur le plan médical. On pourrait imaginer des commentaires, pour savoir si le remplaçant arrive bien à l’heure et s’il laisse les locaux bien en ordre. Ou, plutôt comme sur LinkedIn, un système où le remplacé vanterait les mérites du remplaçant. Que du positif.

Entretien avec le Pr Loïc Vaillant, président du comité de pilotage du service sanitaire

publiée le 01 juillet 2019


Entretien 


Entretien avec le Pr Loïc Vaillant, président du comité de pilotage du service sanitaire.

Il y a un an, les textes réglementaires consacrant l’instauration du service sanitaire étaient publiés au Journal Officiel. Retour sur cette première année d’expérience avec le président du comité de pilotage du dispositif, le Pr Loïc Vaillant.


La Médicale : Quel bilan dressez-vous de cette première année de service sanitaire ?

Pr Loïc Vaillant Il y a eu ici ou là quelques petites difficultés d'organisation et d’ordre logistique, mais les établissements de toutes les régions ont participé. A l’arrivée, ce sont environ 50 000 étudiants en santé qui ont réalisé, cette année, un service sanitaire. L'objectif de l'inter-professionnalité qui réunit donc les étudiants des six filières (médecine, pharmacie, odontologie, maïeutique, sciences infirmières et kinésithérapie) est atteint à 70 %. En tout, les étudiants en santé se sont répartis sur plus de 6 000 terrains de stage : deux-tiers sont des lycées, des collèges et des écoles primaires. Plus de la moitié des actions de prévention se sont déroulées dans les collèges. Les établissements médico-sociaux, comme les EHPAD ou les centres d’action sociale ont accueilli le reste des interventions.


Quelles ont été les thématiques de prévention et d'intervention retenues ?

Pr Loïc Vaillant : Parmi les thématiques choisies, au lycée, deux tiers des sujets étaient liés aux addictions et à la vie sexuelle. Au collège, les thèmes abordés étaient l'alimentation et les addictions et en primaire, l'alimentation, l'hygiène et le sommeil. Enfin, dans les EHPAD, c'est la thématique des activités physiques qui a été mise en avant.

Vous parliez de petites difficultés d'organisation, quelles étaient-elles ?

Pr Loïc Vaillant : Il y a eu la problématique des indemnités kilométriques des étudiants puisque dans certains cas, les montants n’étaient pas suffisants pour les envoyer en stage loin de leur faculté. Il y a eu d’autres situations où les étudiants ont avancé les frais et n’ont pas été remboursés très rapidement. Nous avons mis en place un groupe de travail pour améliorer le dispositif. Ensuite, nous devons travailler à développer plus de terrains de stages et aussi à trouver un meilleur équilibre entre zones urbaines et rurales. A la manière de ce qu’a fait l’Agence Régionale Santé d’Île-de-France, par exemple, qui a mis au point une plateforme permettant de relier les demandes de stages et les terrains existants. Cette plateforme a vocation à devenir nationale.
 

Comment voyez-vous l'an 2 du service sanitaire ?

Pr Loïc Vaillant : La durée du service sanitaire est de six semaines. C’est une bonne formule qui ne changera pas. En revanche, je pense que la répartition entre la préparation de l’intervention et sa réalisation sur le terrain, qui sont de trois semaines chacune, gagnerait à être plus souple. Peut-être faudra-t-il insister davantage sur la préparation et la construction d'un projet pour faire des sessions plus approfondies… Ensuite, nous souhaitons arriver à 100 % d'inter-professionnalité et avoir une meilleure répartition des terrains de stage, la majorité des régions ayant en effet privilégié des lieux proches des facultés. Enfin, nous travaillons, dès cette année, à l'intégration au service sanitaire d'autres filières santé : les orthoptistes, les audioprothésistes, les podologues et les manipulateurs radio.


Propos recueillis par François Petty

Crédit photo : DR

La notation des médecins : des initiatives controversées

publiée le 06 juin 2019


Entretien 


Entretien avec Jacques Lucas, Vice-Président du Conseil national de l'Ordre des médecins.

Le monde de la médecine n’échappe pas à la mode de la notation sur Internet. Le docteur Jacques Lucas*, Vice-Président du Conseil national de l’Ordre des médecins, nous explique comment les médecins doivent réagir. 


La Médicale : Des sites Internet incitent les patients à noter leur médecin. Il est possible de faire la même chose sur Google. Que pensez-vous de ces pratiques ?

Jacques Lucas En premier lieu, un constat s’impose. Dans la société du numérique et de l’immédiateté dans laquelle nous vivons, tout le monde via les réseaux sociaux donne son avis sur tout. Autrefois, ces discussions avaient lieu en place publique, ou au café du commerce, et ne sortaient pas d’un espace relativement fermé. Aujourd’hui, toute opinion est diffusée de manière importante, et entretenue par les suiveurs et trolls. Elle acquiert ainsi parfois une forme de rumeur. 
La loi pour une République numérique d’octobre 2016 confirme que tout citoyen peut donner librement son avis. Dans un sens c’est heureux car chercher à restreindre la liberté d’expression est le propre des régimes totalitaires. 
Le monde médical se retrouve dans ce contexte commun. On peut comprendre que des médecins souhaiteraient un statut particulier, car la relation patient-médecin est en soi une prestation singulière, qui n’est pas comparable aux autres prestations de services. Mais dans la société numérique il n’en est pas ainsi, ce sont les règles du droit commun qui s’appliquent.
Ceci étant dit, la liberté d’expression ne permet pas le mensonge, l’injure et la diffamation. Si l’avis de l’internaute porte sur la qualité de l’accueil, la propreté du cabinet, le temps d’attente, la ponctualité ou encore la qualité d’écoute, cela relève du sentiment, et il n’y a pas là matière à contestation. On se rapproche alors des notations pour les hôtels ou les restaurants où une grande subjectivité du client prédomine. 
Mais les avis et les notes des internautes en ce qu’elles s’appliquent aux médecins ne s’arrêtent pas à cela. Ils s’expriment aussi sur la qualité des soins prodigués. Certains patients peuvent dire par exemple : « tel médecin m’a donné tels médicaments sans effet sur ma santé ». 
Or il faut rappeler que les médecins ont une obligation de moyens, mais pas de résultats, car la médecine n’est pas une science exacte, comme la physique ou les mathématiques. Certains médicaments peuvent ne pas se révéler efficaces pour certains patients, alors qu’ils le sont pour d’autres. Par ailleurs quand un avis est publié, il n’est jamais modifié même si le prétendu grief, - par exemple, une cicatrice trop visible à la suite d’une opération –, disparaît avec le temps. 


Quel rôle peut jouer le Conseil de l'Ordre ?

Jacques Lucas : Un médecin qui reçoit un avis négatif posté par un patient peut se sentir diffamé, penser que ses compétences sont remises en cause. Il peut alors saisir la justice. Une plainte d’un médecin, de cette nature, va être  jugée en droit commun au début du mois de juillet. Cela pourrait constituer une jurisprudence, et nous suivons l’affaire de près. La question de savoir si le Conseil de l’ordre est recevable en constitution de partie civile nous intéresse particulièrement, car des propos excessifs et injustifiés constituent une sorte de violence. 

Quels conseils donnez-vous aux médecins pour réagir ?

Jacques Lucas : Nous avons publié un guide sur la réputation numérique, et des tutoriels sur un grand nombre de cas possibles sont disponibles sur le site du Conseil de l’ordre. 
La seule façon d’obtenir réparation consiste à se montrer actif, à emprunter s’il le faut la voie du droit. 
Nous conseillons aux médecins de prendre contact avec leur compagnie d’assurance pour faire jouer la garantie de protection juridique incluse dans leurs contrats pour la prise en charge de leur défense. A chacun d’apprécier si le jeu en vaut la chandelle.
Avant de se lancer dans une action juridique, d’autres actions sont possibles. Les médecins peuvent faire une demande d’effacement de l’avis, ou de déférencement sur Google. En cas de refus, ils peuvent alors saisir la CNIL.
Nous disons aussi aux médecins qu’il est possible de répondre sans enfreindre le secret professionnel, et qu’il faut le faire, selon nous, sur un ton empathique, et de manière sereine et ouverte pour chercher à désamorcer le conflit.
 

Si elles se généralisent, quelles conséquences ces initiatives pourraient-elles avoir sur les médecins ?

Jacques Lucas: Un des risques serait que l’on se dirige vers une société quérulante et processive. La notation à outrance pourrait nous amener vers une judiciarisation croissante qui altèrerait la relation de confiance qui doit s’établir entre le patient et le médecin. 
Tout dépend aussi de l’état psychologique du médecin, certains sont plus sensibles à la critique que d’autres. 
Enfin, personne ne garantit la véracité des avis publiés sur un site, surtout quand ils le sont sous pseudo. 
Si le retour usager/patient peut comporter un caractère d’évaluation des pratiques médicales, comme le prônent certaines associations, cela n’a rien à voir avec un avis posté de manière impulsive et anonyme. L’anonymat est à notre sens une viciation de la liberté d’expression. 
 

*Au Conseil national de l'Ordre des médecins, le Docteur Jacques Lucas a assuré successivement les fonctions de Président de la section de l'exercice professionnel puis de Secrétaire général de l'institution.

Il a été l'auteur de nombreux rapports du CNOM portant sur la déontologie médicale et en particulier de huit Livres Blancs dans le domaine des TIC en santé : Informatisation de la santé (2008), Télémédecine (2009), Dématérialisation des documents médicaux (2010), Déontologie médicale sur le web (2011), Vadémécum télémédecine (2014), Santé connectée (2015), Information, Communication, Réputation numérique, Publicité (2016), le médecin et le patient dans le monde des data, des algorithmes et de l’intelligence artificielle (2018).


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