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Pharmacie connectée et télépharmacie

publiée le 19 avril 2019


Entretien 


Entretien avec Philippe Coatanea, membre du Conseil national de l'Ordre des pharmaciens

Rapporteur du livre vert « Pharmacie connectée et télépharmacie, c’est déjà demain ! », Philippe Coatanea nous explique comment les pharmaciens s’engagent dans la transformation numérique de leur profession. 


La Médicale : Quelles grandes mutations l'utilisation accrue du numérique entraîne-t-elle dans le monde de la pharmacie ?

Philippe Coatanea : Le numérique est entré dans nos vies et la dynamique de transformation s’accélère sous nos yeux, faisant des gagnants et des perdants. Le système de santé français a lui-même commencé à être durablement impacté. La question centrale qui se pose désormais est : comment relever le défi de cette transformation au bénéfice des patients ?

Sur les deux métiers prépondérants au sein de la pharmacie française que sont la sécurité des médicaments, de la fabrication à la dispensation, et la biologie médicale, nous faisons le constat que nous sommes à la croisée des chemins en termes de digitalisation. De nombreux acteurs voient en effet la santé comme un marché et la personne comme un consommateur. Ce n’est pas notre cas mais nous ne sous-estimons pas l’impact de cette vision consumériste.

Pour ce qui nous concerne, nous avons choisi de lancer une réflexion collective rassemblant des élus de toutes nos sections et confronter leur regard avec celui d’experts du monde de la santé et du numérique pour formuler notre propre vision des évolutions numériques et définir comment contribuer à la stratégie de transformation de notre système de santé. Les pharmaciens, professionnels de santé engagés de longue date pour le déploiement des nouvelles technologies en santé peuvent en effet accueillir de nombreuses innovations afin d’améliorer la prévention, l’accès territorial aux soins et la coordination des parcours de soins.

Ces travaux se sont déroulés de novembre 2017 à mai 2018 et ont abouti au livre vert « Pharmacie connectée et télépharmacie, c’est déjà demain ! ». Ce livre vert illustre comment les pharmaciens peuvent prendre toute leur place dans la transformation numérique en cours en privilégiant trois axes qui ont été au cœur de nos travaux :
  • L’engagement dans des services innovants au bénéfice des patients,
  • Le renforcement de la coordination entre professionnels de santé,
  • La maîtrise des données et des algorithmes
Comment sera-t-il possible de continuer à concilier les intérêts des patients et ceux des professionnels de la santé avec la montée de la digitalisation ?

Philippe Coatanea : Il ne faut pas avoir peur de l’innovation. Le monde change, avec ou sans nous. Les pharmaciens ont démontré au cours des deux dernières décennies, à travers le tiers payant généralisé et le dossier pharmaceutique, qu’ils disposaient d’un réel savoir-faire pour tirer le meilleur parti des technologies numériques et exercer ces nouvelles missions de façon performante au bénéfice des patients. Aujourd’hui, avec la croissance très rapide des objets connectés, applications mobiles de santé et algorithmes, apparaît une nouvelle vague de transformation numérique. Notre système de santé peut en profiter avec des pharmacies connectées proposant des technologies abordables pour un suivi et un accompagnement personnalisé à tous nos concitoyens qui en ont besoin. 


Que préconisez-vous pour répondre à ces grands enjeux ?

Philippe Coatanea : Nous avons pris le parti dans le livre vert de retenir douze recommandations et douze initiatives concrètes organisées autour des trois axes majeurs de la transformation numérique.
Si nous devions faire ressortir trois recommandations particulièrement d’actualité, ce serait :
  • Bâtir un pacte de confiance avec les patients,
  • Faire du pharmacien le professionnel de santé le plus facile d'accès,
  • Sécuriser de bout en bout la chaîne du médicament


Vous avez mis en avant dans le livre vert douze initiatives concrètes. Pouvez-vous nous détailler les plus emblématiques ?

Philippe Coatanea : Ces initiatives s’inscrivent dans la lignée des recommandations que nous venons de mettre en avant.

Pour ce qui concerne le pacte de confiance avec les patients, nous mesurons pleinement l’ampleur du défi à relever puisque l’Ordre des pharmaciens est responsable de la mise en œuvre du dossier pharmaceutique (DP) qui bénéficie aujourd’hui au quotidien à 40 millions de nos concitoyens. A ce titre, nous avons pris l’initiative d’ouvrir prochainement l’accès direct des patients à leur DP. Dans un deuxième temps, nous souhaitons être exemplaires et aller vers la portabilité des données prévue dans le cadre du RGPD, qui offrira réellement au patient la possibilité de devenir acteur de sa santé en lui permettant d’exporter le contenu de son DP vers d’autres applications de santé de son choix.

Concernant l’objectif de faire du pharmacien le professionnel de santé le plus facile d’accès et le plus proche de nos concitoyens, nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur un maillage territorial exceptionnel : pour 100.000 habitants, on recense en moyenne 33 officines, 3,9 PUI et 5,7 laboratoires de biologie médicale. En France, il n’y a pas de désert pharmaceutique. Deux initiatives concrètes vont permettre de renforcer encore cet accès à des soins de qualité par tous nos concitoyens : l’extension de la vaccination par les pharmaciens et l’inclusion du télésoin dans la loi de santé, qui va donner un cadre officiel aux activités de télépharmacie que nous avons mises en avant dans notre livre vert. Ces activités de vaccination et de télésoin vont fortement s’appuyer sur le numérique afin de partager les informations correspondantes entre les différents professionnels de santé prenant en charge le patient.

Enfin, le médicament n’est pas un produit comme les autres et la sécurité de la chaîne du médicament doit répondre aux exigences les plus élevées. Dans cette optique nous avons pris l’initiative de faire évoluer les systèmes informatiques existants pour permettre le blocage de médicaments issus de lots rappelés lors de la dispensation en officine, et demain nous entendons être partie prenante dans la mise en œuvre de l’authentification des numéros de séries des boîtes de médicaments, qui est en train de se déployer à travers toute l’Europe.

Le point fondamental à retenir est que cette transformation ne pourra réussir que si elle est relayée et amplifiée par chaque acteur. Le livre vert a donc identifié des leviers de transformation pour chaque métier de la pharmacie et des points d’attention pour les autres acteurs. En définitive, ce livre vert est à considérer comme un point de départ dans un vaste mouvement de transformation collective au bénéfice des patients et le CNOP a la volonté de rendre régulièrement compte de son avancement d’ici 2022. 

Notre sélection de livres

publiée le 15 avril 2019

Cette sélection d’ouvrages publiés récemment est susceptible de vous intéresser en tant que professionnel de la santé : la pratique de l’interdisciplinarité, l’aide aux aidants, l’économie de la santé, le traitement de l’infertilité.

L’interdisciplinarité en pratique

Actuellement en rapide développement dans le secteur de la santé, l’interdisciplinarité questionne la dynamique du soin et le rôle de chacun au sein d’une équipe soignante. L’ouvrage L’interdisciplinarité en pratique est un guide pour les professionnels de santé qui souhaitent mettre en place des actions interdisciplinaires. Les quatre auteurs — une infirmière libérale, un médecin de soins palliatifs, une consultante-cadre de santé et une psychologue clinicienne — apportent leurs regards et leur expérience pour définir l’interdisciplinarité et donner des conseils de mise en œuvre (réunions ritualisées selon une méthodologie formalisée, formation…).
Paru en février 2019 - Lamarre Editions 


Être proche-aidant

Être proche-aidant vient compléter la longue liste des publications signées par Rosette Poletti, une infirmière suisse à la retraite qui a une grande expérience de l’accompagnement des personnes en fin de vie. Ce livre a vocation à aider les aidants. Riche en tests et témoignages, il permet de prendre conscience des difficultés engendrées par la situation d’aidant, à prendre du recul vis-à-vis de la personne malade sans se sentir coupable, à prendre soin de soi grâce à la méditation, la cohérence cardiaque ou encore la musique… 
Lire un extrait
Parue en janvier 2019 - Editions Jouvence


La santé rationnée

La santé rationnée aborde une question centrale en économie : l’accès et la répartition des biens rares, en l’occurrence les biens et services affectés aux soins médicaux. Les auteurs soulignent que tout ou presque est rationné dans l’économie de la santé : le nombre de médecins en raison du numerus clausus, les lits hospitaliers, les pharmacies, les médicaments remboursés par l’assurance maladie… Pourquoi ? Parce qu’en France, les patients ne paient que 8% du coût des soins médicaux. Leurs demandes de soins sont donc potentiellement infinies. Dans cette situation, l’État est dans l’obligation de réguler. « Si, dans le domaine des soins médicaux, les mécanismes de marché sont inégalitaires et inflationnistes, si l’on est éthiquement contraint de recourir à des mécanismes de rationnement, comment les penser et les gérer ? », s’interrogent les auteurs. « Peut-on dans certaines circonstances, grâce au marché, ne plus sentir peser la chape du rationnement ? »
Paru en février 2019 - Economica 


Guide en infertilité

Destiné aux professionnels de la santé, Le guide en infertilité est un outil complet et pratique pour accompagner les couples touchés par l’infertilité. Il se compose notamment de nombreuses fiches descriptives : les différentes investigations possibles, les étapes techniques de la procréation assistée… Il aborde également l’impact psychologique lié aux divers choix possibles pour essayer de remédier à l’infertilité. Un index facilite la consultation du guide.
2e édition. Paru en janvier 2019 – CHU Sainte-Justine – Université de Montréal 



Cumul emploi-retraite

publiée le 12 avril 2019

Au 1er janvier 2018, le dispositif de cumul emploi-retraite concerne 10% des médecins libéraux ou ayant une activité mixte, soit 12 000 praticiens. C’est presque 3 fois plus qu’il y a sept ans. 

Les médecins libéraux cumulant emploi et retraite cessent d’exercer à l’âge moyen de 69,5 ans

Une étude de la DREES* parue en décembre 2018 est riche en enseignements sur les médecins cumulant revenu d’activité et pension de retraite. On y apprend notamment qu’au-delà de 65 ans, deux tiers des médecins encore en activité sont des « cumulants ». Ils cessent d’exercer définitivement à l’âge moyen de 69,5 ans après avoir cumulé emploi et retraite pendant près de quatre ans. 

Le revenu global d’un retraité cumulant est similaire à celui d’un médecin libéral en activité

En moyenne, le revenu libéral imposable d’un cumulant est de 75 600 euros, auquel s’ajoute une pension moyenne de retraite de 40 000 euros. Au total, les revenus des cumulants sont ainsi quasiment équivalents à ceux des actifs non cumulants (cf. graphe ci-dessous). 
À noter que le revenu d’activité des femmes retraitées cumulantes est de 53 450 euros en moyenne, contre 81 140 pour les hommes (l’écart est comparable à celui existant parmi les médecins libéraux non retraités).



1 psychiatre sur 4 est un retraité qui continue à exercer

La proportion des médecins cumulants est très variable selon la spécialité et les territoires. Le cumul emploi-retraite concerne surtout les médecins spécialistes conventionnés en secteur 2, notamment les psychiatres. Et c’est à Paris que les médecins prolongent leur activité nettement plus longtemps qu’ailleurs.


*Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques du Ministère des solidarités de la santé

Permanence des soins en 2018

publiée le 08 avril 2019

Alors que le 13è Congrès de Médecine Générale France se terminait samedi dernier, le Conseil de l’Ordre révélait fin mars, dans son rapport annuel, que les volontaires à la participation aux tours de garde étaient à 93% des généralistes libéraux. Et pointait les mutations de l’an passé en matière d’organisation de la PDSA.

Le Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom) a rendu public son rapport annuel sur la permanence des soins ambulatoire (PDSA). En préambule, l’institution ordinale relève que l’année 2018 a été une année de mutations importantes pour la PDSA, avec la création de nouvelles régions et la mise en place du 116-117, le nouveau numéro unique à composer pour joindre un médecin de garde. Ensuite, côté chiffres, l’Ordre indique que le taux de volontariat national s’élevait l’an passé à 38,6% dans 79 départements sur 101. Ce qui représente 23 197 médecins volontaires pour 60 131 médecins susceptibles d’y participer. L’Ordre précise cependant que « la disparité des taux d’un département à l’autre est très importante et la participation peut varier de moins de 10% pour certains à 100% pour d’autres ». A l’arrivée, « 62% des Conseils départementaux de l’Ordre des médecins (Cdom) considèrent que la PDS fonctionne bien dans leur département ». Mais 16% « considèrent que la qualité du fonctionnement est mitigée et fragile ». Les principales raisons avancées par les CDOM concernés pour expliquer cette fragilité ? Une démographie médicale insuffisante, la présence de « zones blanches » au sein du département par manque de médecins ou encore les « difficultés d’organisation liées à la réduction injustifiée du nombre de territoires conduisant à des secteurs de gardes qui mettent à mal les médecins volontaires et compliquent l’accès aux soins ».

31 gardes par an en moyenne

En 2018, les médecins participant à la permanence des soins ambulatoires ont réalisé 31 gardes en moyenne. Ces dernières étant avant tout assurées par les médecins généralistes libéraux exerçant en cabinet. En effet, ils représentaient l’an passé « 93% des médecins participant à la PDSA ». Tandis que la part des médecins salariés exerçant en centre de santé « n’était que de 1% et celle des médecins remplaçants exclusifs de 5% ». 
Par ailleurs, en complément de son rapport annuel, l’Ordre a également commandé une étude à l’institut Elabe pour essayer de cerner les motivations et les freins à la participation des praticiens à la permanence des soins. 4 973 médecins généralistes en activité régulière, retraités actifs ou remplaçants ont ainsi été interrogés.

Le sens du devoir 

Tout d’abord, le jugement de ces praticiens sur le fonctionnement actuel de la PDSA est plutôt positif puisqu’ils sont 68% à estimer « qu’elle fonctionne bien », même s’ils sont aussi 36% à penser que la situation se détériore. Ensuite, plus de sept médecins sur dix citent « le sens du devoir » et « la solidarité avec les autres médecins de leur secteur » comme principaux leviers de participation aux tours de garde, devant les motivations financières (53%). Quant aux principaux freins, les médecins interrogés indiquent à 81%, « un emploi du temps professionnel déjà chargé », la « fatigue induite par les gardes (68%) » et la « difficulté de concilier gardes et vie de famille », un item évoqué à 84% par les médecins de moins de 40 ans, les remplaçants et les femmes. Pour conclure, près de sept médecins sur dix qui assurent des gardes estiment être « bien informés sur la PDS », mais cette proportion est moindre chez les jeunes. En effet, « 55% des moins de 30 ans, et 46% des 30-40 ans se disent mal informés » sur le fonctionnement de la permanence des soins.

Pharmaciens

publiée le 01 avril 2019

Alors que le rendez-vous annuel de la profession, PharmagoraPlus, vient de fermer ses portes, une récente étude de la Drees révèle que l’arrivée de nouveaux pharmaciens devrait compenser les nombreux départs à la retraite de la génération du baby-boom, escomptés ces dix prochaines années. 

Sans préjuger de ce qui restera, in fine, des nouvelles prérogatives dévolues aux pharmaciens (vaccination, possibilité limitée de prescription…), dans le cadre du projet de loi de santé qui vient d’être adopté en première lecture à l’Assemblée nationale, la profession peut, en tout cas, être certaine d’une chose. Sur le volet démographique, la relève est a priori assurée jusqu’en 2040. 
Une étude de la Drees publiée à la fin du mois de mars estime, en effet, que le nombre de pharmaciens devrait passer de 73 000 aujourd’hui, à 79 000 en 2040. Soit une augmentation de 8%. L’une des raisons principales de ce changement de tendance qui voyait la population des pharmaciens en exercice stagner depuis des années ? Le relèvement du numerus clausus opéré à partir de 2003 qui commence cette année à porter ses fruits.

La piste du scénario tendanciel 

Comme le relèvent les auteurs de l’étude, dans les dix prochaines années, les pharmaciens devraient bien être « plus nombreux à cesser leur activité en raison de l’arrivée de l’âge à la retraite des générations ayant connu un numerus clausus élevé au début des années 1980 ». Cependant, poursuit la Drees, « si le nombre de places offertes aux étudiants demeurait au niveau du numerus clausus actuel et si le flux de professionnels diplômés à l’étranger se maintenait, alors l’arrivée de nouveaux praticiens compenserait ces nombreux départs ». 
A condition toutefois que les différentes données sur lesquelles reposent cette projection n’évoluent pas. C’est ce que la Drees appelle le scénario tendanciel qui « repose sur l’hypothèse de comportements constants, observés à partir du répertoire partagé des professionnels de santé (RPPS) de 2015 à 2018.

Portrait-robot du pharmacien de demain

Tout d’abord, l’officine devrait rester le lieu d’exercice principal du pharmacien, puisque la part des praticiens y exerçant restera stable (autour de 69%). Avec l’accentuation d’un phénomène actuel cependant : l’accroissement du salariat dans les officines. En effet, « la part des titulaires d’officines continuerait de diminuer passant de 37% à 33% entre 2018 et 2040, alors que celle des adjoints augmenterait (36% des pharmaciens seraient salariés dans une officine en 2040, contre 33% aujourd’hui), soulignent les auteurs de l’étude. Qui ont par ailleurs relevé la confirmation de deux autres tendances :  le rajeunissement de la profession puisque l’âge moyen des pharmaciens passerait de 46,4 ans en 2018 à 44,9 ans en 2040. Et la poursuite de la féminisation du métier passant de 68% en 2018 à 70% en 2040. A noter que cette progression des femmes se fera au bénéfice des titulaires d’officine qui passeraient ainsi de 55% aujourd’hui à 66% en 2040. En effet, les auteurs relèvent que la part des femmes pharmaciens exerçant dans les établissements de santé et comme salariées d’officine devrait diminuer. 

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