Santé publique : retour sur les 7èmes journées santé environnement de l’EHESP

Entretien avec Nathalie Bonvallot, Enseignante-chercheuse à l’EHESP* et IRSET*, spécialisée en toxicologie en santé publique


Entretien 


Entretien avec Nathalie Bonvallot, Enseignante-chercheuse à l’EHESP* et IRSET*, spécialisée en toxicologie en santé publique

Les Journées d’échanges en santé environnement organisées par l’EHESP se sont tenues à la mi-octobre. Au menu de cette 7ème édition : surveillance des produits phytopharmaceutiques et biocides. Rencontre avec une des organisatrices de l’événement.


La Médicale : Quel est l'objectif des Journées d'échanges en santé environnement ?

Nathalie Bonvallot De faire le point sur un sujet d’actualité pour permettre aux acteurs de la prévention et de la gestion des risques sanitaires liés à l’environnement d’échanger sur leurs pratiques. Cette année, nous avons fait le point sur la surveillance, l’actualité scientifique et échangé sur la gestion des risques liés à l’exposition aux pesticides dans l’eau, l’air et l’alimentation. Les journées Santé environnement ont lieu chaque année et sont principalement destinées aux Agences régionales de santé (ARS) et plus particulièrement aux services santé-environnement de ces agences, toutes les personnes qui œuvrent à la prévention et à la gestion des risques sanitaires environnementaux. 

Ces risques sanitaires environnementaux ont-ils évolué ces dernières années ?

Nathalie Bonvallot : Les risques sanitaires liés à l’environnement sont multiples et ils ne sont plus du tout les mêmes aujourd’hui qu’au 19ème siècle. A l’époque, on parlait davantage de l’accès à l’eau ou des problématiques de maladies transmissibles. Aujourd’hui, les risques environnementaux mis en avant, si on parle des pays occidentaux, sont par exemple liés aux expositions à la pollution atmosphérique, à l’usage des produits chimiques, dont les pesticides, ou encore aux maladies vectorielles**. Mais les risques sanitaires étudiés continuent toujours à être liés à l’activité humaine en général.

Le thème de la santé environnementale a récemment été rattrapé par l’actualité, notamment sur la question des pesticides et de l’agriculture. Les travaux des participants aux Journées peuvent-ils contribuer à dresser une politique de prévention ?

Nathalie Bonvallot Oui, bien sûr. En matière de pesticides, la thématique de cette année, la question qui se posait était de savoir comment gérer et surveiller leurs résidus que l’on peut retrouver dans l’alimentation, dans l’air et dans l’eau ? L’ensemble des travaux réalisés, surtout tous les travaux de terrain de surveillance, ainsi que les travaux de recherche qui dressent un état des lieux des connaissances disponibles en lien avec les expositions aux pesticides, permettent d’améliorer la mise en œuvre d’actions de prévention et de gestion. C’est une thématique qui est très d’actualité cette année pour la question des distances de sécurité entre les cultures et les habitations. Mais ce n’est pas le seul sujet à avoir été adressé. 

Existe-t-il un réseau de surveillance des pesticides ?

Nathalie Bonvallot : Ces derniers sont largement surveillés. Les pesticides sont des substances qui, comme les médicaments, sont connus pour être potentiellement toxiques. Ils sont surveillés dans l’eau et commencent aujourd’hui à être surveillés dans l’air. D’ailleurs, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a publié un avis cette année préconisant de prendre en compte, non plus les seuls pesticides, mais également « leur produit de dégradation environnementale », tout ce qu’on appelle les métabolites dans les eaux. Et une campagne sur la surveillance des pesticides dans l’air est en cours avec de nouvelles données qui paraîtront l’an prochain.

Les conclusions de vos 7èmes Journées ont-elles débouché sur des recommandations ? 

Nathalie Bonvallot : Tout d’abord, nous pensons qu’il est souhaitable de poursuivre les systèmes de vigilance, même si, par essence, la vigilance relève du domaine du « a posteriori », par rapport à la mise sur le marché de nouveaux produits. Du fait que la réglementation ne peut ni tout prévoir ni tout prédire de manière parfaite, un système de vigilance gagne toujours à être poursuivi. Ce sont des choses qui existent déjà à l’échelle nationale, mais qu’il faudrait sans doute renforcer à l’échelle régionale. En parallèle, poursuivre la surveillance est aussi fondamental, puisque c’est cela qui permet de mettre en œuvre des actions correctives efficaces pour protéger nos ressources essentielles. Et enfin, il est aussi important de continuer les initiatives de recherche pour compléter la connaissance sur les usages ou les risques que l’on connaît moins bien.

* Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique
* Institut de Recherche en Santé Environnement et Travail 

** Les maladies à transmission vectorielle sont des maladies infectieuses transmises par des vecteurs, essentiellement insectes et acariens hématophages. 

*** En biologie, les métabolites sont des substances organiques formées au cours du métabolisme ou qui y participent. 

Propos recueillis par François Petty
Crédit photo : DR

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