Entretien avec Audrey Fontaine, présidente de l'AFFEP

Publiée 09 septembre 2019


Entretien 


Entretien avec Audrey Fontaine, présidente de l'AFFEP

La présidente de l’Association française fédérative des étudiants en psychiatrie (AFFEP) se réjouit du développement des outils d’aide et de soutien à destination des internes en souffrance au cours de leurs études. Pour autant, elle estime qu’il reste encore un long chemin à parcourir pour que leur parole puisse se libérer sans crainte.


La Médicale : En 2017, l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI) dont vous êtes vice-présidente, avait réalisé une grande enquête sur la santé mentale des jeunes médecins et constatait que leur taux de mal-être et de suicide étaient près de 4 fois supérieur à ceux de la population générale…

Audrey Fontaine De manière générale, les internes, qu’ils soient ou non en psychiatrie, ont plusieurs situations difficiles à gérer en même temps. Nous sommes toujours en apprentissage, avec des cours à la fac, des mémoires à rendre, une thèse… Donc il nous faut gérer la partie académique en plus de toute la partie clinique où l’interne est très souvent le premier personnel médical que voit un patient, avant même de voir le médecin référent. On demande aux internes d’assumer de plus en plus de choses dans un temps de travail qui n’est pas élastique, ce qui peut entraîner un sérieux risque de burn-out.


Pour remédier à cet état de fait, vous travaillez à un livret d’accueil à destination des internes. Il existe aussi un numéro dédié d’écoute et de soutien pour celles et ceux qui sont en difficulté.

Audrey Fontaine : Il s’agit des numéro « SOS internes » créés à l’initiative de l’ISNI. L’idée est que, dans chaque ville où ils travaillent, les internes aient un numéro à appeler quand ça ne va pas et qu’ils aient au bout du fil d’autres internes qui puissent les relayer vers des psys libéraux ou, en tout cas des professionnels adaptés. Parce qu’on peut comprendre qu’il peut être difficile d’aller voir son supérieur hiérarchique direct, celui qui validera votre formation, pour lui dire que son temps de travail n’est pas respecté. C’est encore souvent pris pour un signe de faiblesse par certains internes qui ont peur que cela impacte leur formation et qui, à l’arrivée, préfèrent se taire. C’est l’un des grands tabous qu’il faut qu’on brise. 

Vous avez également signé avec La Médicale un partenariat sur ce sujet…

Audrey Fontaine : En effet, La Médicale a, dans son fonctionnement, un numéro d’urgence psy que les internes adhérents peuvent appeler et qui leur permet d’avoir un contact avec un professionnel. Les internes peuvent sans problème solliciter ce canal-là. Il y a aussi le Centre national d’appui qui a été lancé pour les étudiants par le ministère de la Santé et les associations d’étudiants. L’idée est qu’il faut que les internes puissent avoir plusieurs canaux pour être aidés en cas de besoin. 
 

Le fait que les soignants acceptent d’admettre que, eux aussi peuvent ne pas aller bien, est-il récent ? 

Audrey Fontaine : Ce qui est récent, c’est que cela commence à être accepté. Il y a plusieurs années, certains acteurs du système de soins s’étaient mobilisés pour que les choses changent. Des lanceurs d’alerte de la première heure en somme, mais ils étaient très peu nombreux. Nous arrivons aujourd’hui sur une phase où l’ensemble de la communauté médicale s’est rendu compte qu’il faut tirer la sonnette d’alarme. Une prise de conscience qui s’est également opérée hors communauté médicale. Les gens réalisent que c’est un sujet essentiel et qu’il faut se préoccuper du bien-être des médecins si on veut qu’ils soient à même de soigner leurs patients au mieux. 

Comment réagissent les précédentes générations de médecins face à cette évolution ? 

Audrey Fontaine : Quand on passe dans les stages et qu’on voit des personnes un peu plus âgées qui ont été formées au système précédent dans lequel, « à la dure, c’était la règle », et « quand c’est difficile : tu te tais, tu te débrouilles », certaines nous disent : « maintenant pour vous c’est plus cool ». Mais en fait non, ce n’est pas plus « cool », c’est juste qu’on arrive plus facilement à être écouté quand ça ne va pas. En tout cas, ce que j’espère, c’est qu’on se rende compte que c’est ce qui se passait avant qui n’était pas normal. 

Propos recueillis par François Petty

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