Entretien avec la présidente du conseil national de l’Ordre des pharmaciens

« Le Dossier Pharmaceutique alimentera le DMP », Carine Wolf-Thal


Entretien 


Alors que le salon annuel dédié aux pharmaciens, Pharmagora, tenait ses portes ce week-end, la présidente du Conseil national de l’Ordre revient sur dix ans d’existence du Dossier Pharmaceutique et présente, pour la Médicale, les enjeux qui attendent la profession cette année en termes de prévention et de santé publique.


La Médicale : Le gouvernement vient d’annoncer, entre autres mesures, la généralisation du vaccin anti-grippe par les pharmaciens. Est-ce une bonne nouvelle pour la profession ?

Carine Wolf-Thal : Globalement, tout ce qui va dans le sens de la prévention et de la protection de la santé publique est une bonne mesure. Et le fait qu’on fasse appel aux pharmaciens pour protéger la population fait sens puisque les pharmacies sont réparties de façon homogène sur le territoire et sont accessibles sept jours sur sept sans rendez-vous. De plus, les pharmaciens ont apporté la preuve, au travers d’une expérimentation réalisée dans deux régions cet hiver, non seulement qu’ils avaient la pleine capacité de le faire mais aussi qu’ils répondaient à une attente de la population pour être vaccinée rapidement sans rendez-vous en toute sécurité par le pharmacien.


Mais, au-delà de la grippe, vous allez également être à même de vérifier les rappels de vaccins. Comment pensez-vous que cela puisse être perçu par les médecins ?

Carine Wolf-Thal : Ce n’est pas une concurrence. Je pense qu’effectivement, il faudra d’abord en parler avec les médecins, décider dans quelles conditions cela pourra se dérouler. L’annonce vient d’être faite par les pouvoirs publics, mais le modus operandi n’a pas été précisé. Nous en discuterons avec l’Ordre des médecins pour voir ce qu’il est judicieux de faire et de ne pas faire, afin de confirmer la population cible, celle qui aura un intérêt à se faire vacciner chez le pharmacien plutôt que chez le médecin, parce qu’il y a des rappels que font, soit les généralistes, soit les pédiatres que le pharmacien n’a pas besoin de faire. A l’arrivée, Il y aura ainsi une amélioration en termes de parcours de soins.


Est-ce le signe d’une évolution vers un exercice pluri-professionnel visant à une véritable prise en charge globale des patients ?

Carine Wolf-Thal : Je le crois. A force, l’expression « remettre le patient au centre du circuit », est devenue un peu galvaudée, mais je pense sincèrement qu’ici elle a vraiment tout son sens. L’avantage de travailler ainsi en inter-professionnalité, quand une équipe se connaît, c’est que la confiance est là, et permet de décider conjointement qui est le plus apte à prendre les personnes en charge en fonction du secteur d’intervention nécessaire : que ce soit la prévention, le chronique ou l’aigu. Le patient y gagne dans l’efficacité et la pertinence de son parcours de soins.


Le Dossier Pharmaceutique (DP) a une dizaine d’années d’existence, quel regard portez-vous sur son accomplissement ?

Carine Wolf-Thal : Je pense que quand on a créé le DP il y a dix ans, on n’avait pas imaginé à quel point il serait utile. Au départ, on pensait créer un outil qui aiderait à la sécurisation de la délivrance et de la dispensation de médicaments. Mais au fil du temps, on s’est aperçu que c’était un outil fabuleux pour lutter contre la iatrogénie, surtout auprès des patients nomades ou polymédicamentés. Aujourd’hui, je pense que tous les pharmaciens d’officine reconnaissent qu’ils ne sauraient plus travailler sans le Dossier Pharmaceutique. Un avantage qui s’est accru avec l’accès au DP par les établissements hospitaliers. Aujourd’hui, il existe plusieurs DP : le DP-Alertes, le DP-Rappels (pour les retraits de lots), le DP-Ruptures, et bien sûr, le DP-suivi sanitaire.


Ce qui fait combien de DP aujourd’hui ?

Carine Wolf-Thal : Ca bouge. Nous sommes aujourd’hui à environ 35 millions de DP actifs. Mais les DP se ferment automatiquement quand il n’y a pas d’activité pendant trois ans. Du coup, des DP s’ouvrent et se ferment tous les jours. En termes d’échanges d’informations c’est énorme. Cela représente 5 millions d’échanges de données par jour. 


Un socle qui permettra d'alimenter le futur DMP ?

Carine Wolf-Thal : Nous travaillons en effet dans ce sens avec l’assurance-maladie. C’est le DP qui alimentera le DMP. 

 
Quel est le profil de la nouvelle génération de pharmaciens d’officine ?

Carine Wolf-Thal : Nous travaillons en ce moment à l’analyse des résultats de notre observatoire démographique et les jeunes semblent vouloir s’installer de plus en plus dans de petites structures, dans les milieux ruraux et semi-ruraux. Ils apparaissent être à la recherche d’un exercice proche du patient, proche de la pharmacie clinique. Et dans des territoires où il pourrait y avoir des déserts médicaux, ils ne sont pas affolés par l’absence de médecins, au contraire. Ils voient là l’opportunité d’exercer pleinement leur acte pharmaceutique. C’est économiquement peut-être plus difficile, mais en termes d’intérêt, les jeunes sont attirés par cet exercice. Il est trop tôt pour faire un constat définitif, nous sommes encore en phase d’analyse, mais c’est ce que nous ressentons.


Propos recueillis par François Petty


Crédit photo : CNOP

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